« Fugitive parce que Reine » de Violaine Huisman…

Hier a paru aux Editions Gallimard un très bon premier roman : « Fugitive parce que Reine » de Violaine Huisman que j’ai eu la chance de pouvoir lire avant (merci à C.D qui se reconnaîtra).

Dès sa réception (surprise), j’ai trouvé d’emblée le titre de bonne augure parce que très beau.

« Une fois qu’un être s’est compris lui-même,
il peut comprendre tous les humains » 

Et dès l’entrée dans les lignes, j’ai su très vite que c’était un livre qui allait (me) marquer…

Non seulement par l’histoire (l’amour maternel quoi qu’il arrive, quoi qu’il est dit et l’amour filial malgré les imperfections de cette mère parce qu’elle fait de son mieux : deux amours permanents, constants, inconditionnels) mais aussi par la construction que j’ai trouvée originale (point de vue des filles, biographie de la mère puis la mort de celle-ci) et l’écriture (aussi douce et bienveillante que « brut de décoffrage »).

Portrait d’une femme aussi beau que tragique,  mère aimée adorée à qui  l’on pardonne tout, ce roman ne pourra pas vous laisser indifférent de par ces qualités indéniables et je prédis à ce nouvel écrivain un bel avenir.

« Maman !
Je t’aime, maman chérie !
Je t’aime à la folie pour toute la vie et pour l’éternité du monde entier. »

Belle lecture à tous !

Note de l’éditeur (Gallimard) :

« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

« La beauté des jours » de Claudie Gallay…

Note de l’éditeur :

Jeanne mène une vie rythmée par la douceur de l’habitude. Elle était jeune quand elle a épousé Rémy, ils ont eu des jumelles, sont heureux ensemble et font des projets raisonnables. Mais Jeanne aime aussi le hasard, les surprises de l’inattendu. L’année du bac, un professeur lui avait fait découvrir l’artiste serbe Marina Abramović. Fascinée par cette femme qui engage son existence dans son travail, Jeanne a toujours gardé une photographie de sa célèbre performance de Naples : comme un porte-bonheur, la promesse qu’il est possible de risquer une part de soi pour vivre autrement. Quand Jeanne s’amuse à suivre tel ou tel inconnu dans la rue ou quand elle calcule le nombre de bougies soufflées depuis son premier anniversaire, c’est à cet esprit audacieux qu’elle pense. Surtout cet été-là. Peut-être parce que, les filles étant parties, la maison paraît vide ? Ou parce que sa meilleure amie, qui s’est fait plaquer, lui rappelle que rien ne dure ? Ou parce qu’elle recroise un homme qu’elle a aimé, adolescente ? Jeanne se révèle plus que jamais songeuse et fantasque, prête à laisser les courants d’air bousculer la quiétude des jours.

Claudie Gallay nous propose ici un roman d’une douceur sans pareil, contemplatif à souhait et qui fait l’éloge d’une certaine routine (finalement pas si horrible que ça ) et de la beauté de l’imprévisible sur fond de solitude des personnages et de la force libératrice que l’Art peut engendrer.

Les mots sont choisis avec délicatesse, les descriptions sont ciselées.

La beauté des jours met en exergue les p’tits bonheurs simples de la vie que l’on a parfois du mal à percevoir, à concevoir et qui au final sont essentiels

Belle lecture à tous !

Editions Actes Sud

« Le dernier gardien d’Ellis Island » de Gaëlle Josse…

Note de l’éditeur :

New York, 3 novembre 1954. Dans quelques jours, le centre d’immigration d’Ellis Island va fermer. John Mitchell, son directeur, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l’épouse aimée, et Nella, l’immigrante sarde porteuse d’un très étrange passé. Un moment de vérité où il fait l’expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d’événements tragiques. Même s’il sait que l’homme n’est pas maître de son destin, il tente d’en saisir le sens jusqu’au vertige.

Ellis Island fait partie des rares endroits lors de ma découverte de New York qui m’a particulièrement touchée historiquement parlant.
Je n’ai jamais rien écrit dessus, mais nul doute que si j’avais eu un blog à l’époque j’aurais couché sur le clavier ce que j’avais ressenti en la visitant.

« C’est par la mer que tout est arrivé »

Les lignes nous rendent spectateur, témoin d’une époque heureusement révolue (mais non moins tragique autrement malheureusement).
L’écrivain nous ancre au port…

« L’île de l’espoir et des larmes.
Le lieu du miracle, broyeur et régénérateur à la fois »

Gaëlle Josse donne voix (directement ou non) à toutes les personnes qui sont passées sur l’île en en faisant une critique nécessaire parce que factuelle (on imagine aisément le travail de documentation avant l’écriture du livre).
Les souvenirs se fracassent sur les thèmes de l’exil, la solitude, les rêves, les espoirs, les déceptions

Elle le fait avec toute la bienveillance et la douceur qui la caractérise, sans omettre néanmoins d’aborder tout le tragique du lieu, des murs, du sol que l’on peut désormais fouler en « touriste ».

Belle lecture à tous !

Editions J’ai Lu 

« Les jonquilles de Green Park » de Jérôme Attal…

Note de l’éditeur :

Septembre 1940. Tommy vit avec ses parents et sa grande soeur Jenny. C’est le début des bombardements allemands sur Londres. Ils se préparent tout de même à fêter Noël.
Tommy et ses copains se passionnent pour les super-héros : Superman, Buck Rogers et… Winston Churchill. L’aventure ne serait pas la même sans deux petites frappes : Nick Stonem et Drake Jacobson, aussi vilain que sa jumelle, Mila, est belle.
Dans un Londres en lambeaux, ces jeunes adolescents vont se créer leurs propres histoires et se perdre dans les brumes et le fracas d’une ville enflammée. Mais fêter Noël et revoir les jonquilles en avril restent la plus belle des résistances.

« Si la guerre doit durer une éternité,
je voudrais juste pouvoir vivre jusqu’au mois d’avril.
Pour voir, une fois encore, les jonquilles de Green Park.
Elles se tiennent ensemble, chaque saison.
Belles et fières dans le vent puissant et douloureux d’avril.
Comme nous autres en ce moment. »

La guerre 39-45 vue différemment, avec une certaine dose d’humour et de poésie

Ou comment s’emparer du tragique pour se l’approprier le plus positivement possible.
L’insouciance face à la réalité, cette « bulle protectrice » qu’est la liberté par-dessus tout.

« Je ne désirais qu’une chose :
rester môme le plus longtemps possible parce que, j’en étais certain,
il n’y avait pas de plus grand bonheur que d’avoir un chez soi
et d’être dans sa chambre,
et que votre mère vienne vous border,
et qu’elle vous autorise à lire une dernière page de votre BD de Superman,
et qu’ensuite elle revienne vous border »

Ce livre m’a fait penser à l’atmosphère du film « La vie est belle » de Roberto Benigni que j’avais ressentie et aimée en son temps (1998).
Il dépoussière le sujet et insuffle un vent d’optimisme qui fait du bien.

Pour fêter Noël d’un autre temps autrement…
Un bien joli cadeau assurément…

Belle lecture à tous !

Editions Laffont

« Nos richesses » de Kaouther Adimi…

Note de l’éditeur :

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

L’écrivain nous plonge avec brio dans Alger, dans tout ce qui a fait (et défait) Edmond Charlot malheureusement tombé dans l’oubli.
Ce roman lui rend hommage, sans aucun doute un des plus charmants.

Cela fleure bon l’amour des livres, le partage

« Je n’ai plus d’argent, je suis endetté jusqu’au cou mais je suis heureux. »

On y croise Camus, St Ex et tant d’autres…

Kaouther Adimi fait revivre l’homme, le libraire, l’éditeur qu’il fût par le biais de carnets qui n’ont, en vrai, jamais existé et le lieu par le biais du jeune Ryad et d’Abdallah l’ancien.
Cette construction emporte le lecteur, de manière totalement irrésistible.
C’est bien là tout le génie du livre, servi par une écriture des plus jolies et une documentation substantielle entre les lignes.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui fait partie de mes préférées en 2017.

Lorsque l’on tourne la dernière page, on se dit que l’on aurait adoré rencontrer ce Monsieur incroyable qui méritait d’être sorti des oubliettes.

Il faut décidément toujours croire en ses rêves, même s’ils se fracassent sur l’autel des finances et des amis…

« Un jour vous viendrez au 2 bis de la rue Hamani, n’est-ce-pas ? »

« On n’habite pas vraiment les lieux, ce sont eux qui nous habitent »

Belle lecture à tous !

Editions Seuil