« La nuit sera belle » de Lucie Desaubliaux…

Note de l’éditeur :

Trois amis – Arek, Ivan, Todd C. Douglas – se préparent à veiller toute la nuit dans l’attente de l’aube qui les verra enfin partir pour l’expédition qu’ils concoctent de longue date… sans toutefois en avoir arrêté la destination. Car il s’agit d’abord de se donner du coeur à l’ouvrage, à grand renfort de thé, bière, vin et whisky – dans l’ordre et sans modération.
Au sein de leur trinité qui a érigé la procrastination en sagesse et en art de vivre, Arek cherche quoi faire, Ivan veut faire mais n’y arrive pas et Todd C. Douglas se complaît dans le non-faire. À eux trois, tandis que l’ivresse gagne et qu’ils essaient de soustraire leur existence à toute justification au bénéfice du désirable interstice au sein duquel les choses n’ont plus besoin d’exister mais seulement d’être possibles, ils explorent victorieusement l’oisiveté sous toutes ses formes.
Ne fait-on rien quand on ne produit rien ? Et qu’est-ce, au juste, que “faire” ? Comment agir sans produire ou chercher sans accomplir ? Ne peut-on vivre sans que le travail devienne la vie ? Comment dissocier l’idée d’oisiveté de celle de paresse ? Et qu’est-ce, au juste, que l’oisiveté ? Ne pas travailler ? Ne rien faire ? Pratiquer des activités qui ne sont pas le travail ? Une recherche sans certitude de trouver, est-ce un travail ?
À ces questions que se posent des personnages qui font beaucoup plus que ce qu’ils croient et beaucoup moins que ce qu’ils disent, La nuit sera belle imagine des réponses aussi profondes que jubilatoires.

Un huis clos philosophique, imaginatif et méditatif sur l’oisiveté, la procrastination, la finalité d’actions que l’on peut entreprendre avant une expédition programmée.
La construction est théâtrale et le rythme très réussi grâce à des dialogues aux petits oignons.
C’est fantaisiste et poétique à souhait.
Un premier roman original qui fait réfléchir…
Je recommande vivement !
 
Editions Actes Sud
Livre lu dans le cadre de l’opération « Coup de coeur des lectrices » de Version Femina. Merci à toute l’équipe !

« De nos frères blessés » de Joseph Andras…

Joseph Andras, qui a refusé le Goncourt du Premier Roman cette année, revient avec ce livre sur un personnage sacrifié, Fernand Iveton, militant communiste français d’Algérie et anticolonialiste rallié au FLN, seul européen guillotiné de la Guerre d’Algérie.

Le titre se fait l’écho dicible d’actes indicibles et reflète d’une certaine manière la pudeur d’une écriture malgré tout percutante, cinglante.

L’écrivain retrace la vie, le parcours de ce personnage libre et conscient de ses actes (il s’est lui-même proposé pour la mission) qui a subi les pires tortures pendant les 4 jours qui ont suivi son arrestation, qui a été emprisonné puis condamné pour finir exécuté et dont le procès a été une mascarade juridique, judiciaire et politique.

Si le fond ne peut pas être rejugé puisqu’il aborde un fait historique la forme, elle, est terriblement prometteuse.

L’auteur dira lors d’une interview accordée à Biblios : « La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l’écriture et à la création. (…) Que l’on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie dans ces lignes: seulement le désir profond de s’en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d’un travailleur et militant de l’égalité sociale et politique. ».
Deux hommes de conviction réunis à travers un même livre donc.
A ce point c’est rare. Donc beau.

Si c’est un one shot, c’est dommage mais je comprendrai.
Si un autre suit, il me tarde.

Belle lecture à tous !

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Côté premiers romans, Actes Sud nous régale…

NDLR. Neuvième lu de la sélection du Challenge 68 édition 2016 !

68 premières fois édition 2016 L'insatiable Charlotte

 

« Ce qui nous sépare » d’Anne Collongues…

Note de l’éditeur :

Un soir d’hiver, dans un RER qui traverse la capitale et file vers une lointaine banlieue au nord-ouest de Paris. Réunis dans une voiture, sept passagers sont plongés dans leurs rêveries, leurs souvenirs ou leurs préoccupations. Marie s’est jetée dans le train comme on fuit le chagrin ; Alain, qui vient de s’installer à Paris, va retrouver quelqu’un qui lui est cher ; Cigarette est revenue aider ses parents à la caisse du bar-PMU de son enfance ; Chérif rentre dans sa cité après sa journée de travail ; Laura se dirige comme tous les mardis vers une clinique ; Liad arrive d’Israël ; Frank rejoint son pavillon de banlieue.

Sept histoires qui s’entremêlent pour n’en faire au final qu’une seule, au gré des stations et d’un voyage effectué en RER, voici ce que nous propose le premier roman d’Anne Collongues.

« Peu importe la destination, seul compte le départ »

« (…) à quel point il est agréable de s’asseoir dans un train,
de se confier au mouvement,
l’apaisement instantané que procure le détachement »

« Le fauteuil rend spectateur et la vitesse léger »

« (…) des villes qui ressemblent à s’y méprendre à celle d’où elle est partie tout à l’heure, villes sans commencement ni fin,
qui se fondent les unes aux autres, grises, maussades (…) »

Servies par une écriture (déjà) maîtrisée et métaphorique à souhait (je ne suis pas étonnée qu’elle ait été publiée chez Actes Sud), ces bribes de vies faites d’illusions, de rêves, de regrets, d’espoirs, de solitudes marquent de leurs empreintes psychologiques ces pages dont les rames sinueuses engendrent des tournants singuliers dans chacune des normalités décrites.

Ce qui sépare est parfois ce qui rassemble…

« Choisis ce que tu veux et ensuite continue, sinon ça ne sert à rien »

« Il faut persévérer pour progresser et prendre du plaisir »

« L’ailleurs vers lequel elle rêvait de se tirer »

« (…) c’est le même paysage qui revient indéfiniment comme reviennent les jours, quand ils se suivent et s’émoussent, (…) »

« Impossible de revenir en arrière, c’est trop tard. Il suffirait pourtant de presque rien pour dévier la trajectoire des évènements »

J’ai simplement envie de vous dire ceci : laissez vous embarquer !

Et pour tous ceux qui prennent quotidiennement les transports en commun : ce livre va vous faire les apprécier.

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NDLR. Huitième lu de la sélection du Challenge 68 édition 2016 !

68 premières fois édition 2016 L'insatiable Charlotte

« Indécence manifeste » de David Lagercrantz…

Je tiens tout d’abord à remercier Lecteurs.com qui m’a sélectionnée en tant qu’Explorateur de Polar 2016 et grâce à qui j’ai pu me plonger dans ces pages…

Note de l’éditeur

1954. Le corps sans vie d’Alan Turing est découvert à son domicile de Wilmslow. À côté de lui, sur la table de chevet, une pomme croquée imbibée de cyanure. On conclut rapidement au suicide, mais à mesure que l’inspecteur Leonard Corell, en charge de l’enquête, s’intéresse de plus près au passé du mathématicien, il commence à se douter que la vérité est bien plus complexe.

« L’indécence manifeste et perversion sexuelle » (entre hommes uniquement !) se trouve dans la section 11 du Criminal Law Amendment Act de 1885.
En 1895, Oscar Wilde en avait été une victime célèbre.
57 ans plus tard, c’était au tour d’Alan Turing (qui fût gracié à titre posthume par la Reine Elisabeth II en 2013).

Ce livre est un polar à part.
Un polar littéraire et historique ai-je envie de dire. Comme on en lit peu.
Dans la vraie vie, la mort de ce génie reste une énigme (suicide, accident… ???).

C’est une enquête tellement bien documentée qu’elle frise la biographie.
Et c’est bien en cela qu’elle est originale puisque c’est quoi qu’il en soit vraiment un roman !

Le livre est dense, mais si ce personnage aussi complexe qu’attachant vous passionne vous passerez assurément un bon moment.

A sa lecture, je me suis remémorée notre fort sympathique week-end à Manchester (à Sackville Gardens, Mon Brun s’était assis sur le banc à côté de sa sculpture) et le film « The imitation game » dans lequel Benedict Cumberbatch l’incarne à merveille.

Belle lecture à tous !

IMG_3682Editions Actes Sud

Lisez-le avec le Thé des Ecrivains anglais à portée de main…

« Les temps perdus » de Juan Pablo Villalobos…

J’ai choisi ce livre pour sa couverture qui m’a fait rire.
Il s’est révélé aussi déjanté que subtil.

Sur fond de révolution, tremblement de terre, corruption, disparitions et assassinats, nous avons affaire à une sacrée satyre, une immersion humoristique dans un immeuble aux querelles de voisinage hautes en couleur !
On y croise des chiens, des cafards, Diego Rivera (& Frida), Tête de Papaye, Francesca (aussi bien objet de fantasmes en tout genre que dictatrice immobilière et littéraire), Téo (ennemi public n°1 d’un cercle de lecture qu’il refuse d’intégrer alors que tout le monde l’imagine écrivain) et tant d’autres, tant d’autres…

Les quiproquos sont assez irrésistibles.
C’est fantasque à souhait.

Belle lecture à tous !

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Editions Actes Sud

« Tel est le paradoxe de l’Art.
Il faut rechercher le nouveau.
Celui qui ne recherche pas ne trouve pas. »